22 décembre 2011

6. De ces lambeaux

Mauvaise nuit accouche d'un réveil pénible. Se trainer hors du lit, galoper sur le parquet glacial jusqu'aux chiottes puis se planter sous la douche. Malgré tout, je sais qu'aujourd'hui sera différent, rien à voir, avec les jours précédents. Aujourd'hui que je commence. Pour une fois, ce n'est pas demain. Je ne le décide pas, c'est pas une promesse que je ne tiendrai pas, c'est juste une intuition que je ne peux plus repousser la date. Mais d'abord, je retrouve Elodie pour un café matinal. Sortir nos têtes de nos culs, se parler, se croiser, se tenir au courant.

Puis, je rentre, sans me perdre devant les vitrines des magasins, ni chercher le détour d'une rue à l'aurtre, ni me planter dans un café. Il y a même une certaine impatience, une sérénité à rentrer chez moi. J'ai beau eu avoir plusieurs "Chez moi" depuis des années, c'est la première fois que j'ai envie de rentrer chez moi. Parce que je vais retrouver mon bureau, ma baie vitrée, ma tasse ébréchée, mes chaussettes Charlie Brown. Désormais rien ou si peu me retient en ville, éloigné de ce lieu à loyer modéré et si peu apprivoisé, car il y a sur mon bureau une pile.

Une pile de notes à trier, à relire d'une sur l'autre. Des histoires à raconter, à façonner, à ciseler. J'ai à chercher un passage entre les mots et le silence. Faire sentier à travers le mystère, faire la route par le langage. Utiliser mes yeux, mes mains et mon cerveau, accroder tout ça. Etre à ma tâche.

Etre à ma place

Désormais, je prends ma vie en main. De ces lambeaux, j'en ferai quelque chose. Je me réveille après l'inertie. Après les choix mous, des choix sans vraiment de décision. Après les choix dans l'angoisse, le prétexte des lendemains à préserver. Ces choix comme une épargne mais sans conviction.

Chez moi, se faire un thé. Retrousser ses manches, prendre la pile, déterrer les idées, creuser en fumant quelques clopes. Je me me suis mis en route. Je roule, cette journée me semble plus importante tout à coup. Je ne sais pas où cette vie d'écriture mènera, mais j'ai déjà simplement conscience que les autres routes envisagées ne passent pas par là. Là où je suis chez moi, là où je suis entièrement à ma tâche. A ma place.

Je travaille enfin. Je travaille à la fois sur les mots et les formes, je travaille sans chercher la distraction. Je sais que je pourrai faire ça à n'importe quel prix. L'épuisement, la solitude ou le collectif, la liberté ou la contrainte, écrire pour laisser une trace même éphémère (je ne serai jamais capable de livrer une littérature immuable, j'en ai consciente), écrire pour le nécessaire, mais écrire, apprendre à écrire, etc.

Peu importe, de ces lambeaux, je suis à ma place et ma tâche.

Posté par timju à 13:33 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur 6. De ces lambeaux

    Comme je te comprends

    Il ne se passe pas un jour sans que les mêmes réflexions ne courent dans mon esprit. Je vais le faire. Je vais m'y mettre. Je finis mon Master et.. Je finis mon boulot et.. Je finis ma journée et.. Pourtant je sais que l'écriture est une maitresse exigeante. Si tu ne t'y consacres pas vraiment elle ne procure que des frustrations. Tu y penses, tu en rêves, mais tu restes insatisfait. Du moins, tant que ne fais pas de vrai choix.
    Bon courage, donc. Et bonne route. Je serai ravi de te lire.
    A bientôt

    Posté par Vincent, 23 décembre 2011 à 10:12 | | Répondre
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